La résilience dans la perspective du renforcement des systèmes de santé après COVID19: cas de l’Union Européenne

 

Dr. Albert ZE, Fondateur de l’Institut de Recherche pour la Santé et le Développement (IRESADE)

 

 


 

Introduction

La crise sanitaire qui s’est abattue sur le monde entier au début de janvier 2020 a secoué tous les systèmes de santé à travers le monde. En effet, Covid19 a apparu comme un examen pour tous les systèmes de santé à travers le monde. Ayant pour la plupart des systèmes de santé performants, le continent européen est l’un qui a le plus vécu l’impact négatif de cette crise avec 45 millions de cas et environ 1 million de décès.

La bonne performance des systèmes de santé Européens avant la crise n’est pas discutable. Depuis l’année 2000, tous les classements disponibles les situent parmi les meilleurs dans le monde. Cependant, la gestion d’une crise exige beaucoup plus que la performance. D’où la nécessité de la prise en compte de la notion de résilience.

Le débat sur l’introduction du concept de résilience dans l’analyse et la conception des systèmes de santé a été ouvert lors de a 64e assemblée mondiale de la santé en 2011. Dans ce cadre, les recommandations étaient centrées sur la préparation des systèmes de santé face aux crises sanitaires. Dès lors, la problématique centrale a été la conception et la mise en place des systèmes de santé résilients bien avant la survenue de la covid19.

A titre de rappel, lors de la survenue d’une crise, la résilience d’un système de santé est définie comme l’aptitude de ce système à fonctionner de façon optimale et à évacuer la crise en temps précis et relativement court ; car plus le temps de restauration est long, plus les effets aussi sont importants, plus les coûts de restauration sont élevés et la résilience faible.

A cet effet, nous avons apporté les premiers éléments de réponse à travers une étude pour le cas de la région subsaharienne d’Afrique qui dispose des systèmes de santé les moins performants (1). Toutefois, la crise sanitaire covid19 a démontré que tous les systèmes de santé devraient désormais inclure la notion de résilience dans leur quotidien.

C’est dans ce cadre qu’actuellement, plusieurs organisations émettent des propositions pour améliorer la résilience des systèmes de santé. Ainsi, l’Organisation Mondiale de la Santé a produit des recommandations visant à renforcer la résilience des systèmes de santé (2) pour une mise en place effective de la couverture santé universelle. La Banque Mondiale a également produit un rapport (3) dans l’optique de préparer les systèmes de santé aux chocs en mettant cela comme une priorité. Tout récemment, l’UE, à son tour, a produit un rapport (4) pour préparer les systèmes de santé et leur doter des capacités à faire face aux éventuelles crises.

Ces études, bien que produisant de fortes recommandations, présentent un manquement important qui est l’absence de la mesure ou de l’évaluation du niveau de résilience des systèmes de santé Européens face aux chocs. Dans le même ordre, le consortium international Rebuild for Resilience déplore dans un de ses documents de synthèse (5), le manque d’évaluations observé dans les analyses de la résilience des systèmes de santé. Ce manquement ne permet donc pas de mieux comprendre les effets de la crise sur l’état de ces systèmes de santé.

Pour répondre, à cette préoccupation, nous avons élaboré, il y a quelques années, un indice de résilience des systèmes de santé (1). L’application a été faite sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.

En effet, connaitre le niveau de résilience d’un système de santé permet de mieux le structurer pour répondre efficacement aux crises sanitaires. Ainsi, l’objectif général de cette étude est d’évaluer le niveau de résilience des systèmes de santé Européens. Spécifiquement, il s’agira de: (a) calculer l’indice de résilience de chaque système de santé; (b) classifier les systèmes de santé en fonction de leur résilience.

 

Dr. Albert ZE, Fondateur de l’Institut de Recherche pour la Santé et le Développement (IRESADE)

 

 

Comment mesurer la résilience des systèmes de santé ?

La résilience étant une notion multidisciplinaire, plusieurs méthodes existent pour l’évaluer. Cependant, dans le cadre des systèmes de santé, nous avons proposé une mesure basée sur la théorie mathématique de la viabilité.

La méthode utilisée dans cette étude est celle présentée dans les travaux de ZE et al. (2015). Il s’agit donc de voir à partir de l’évolution d’un système de santé, quelle est sa capacité à se relever ou encore à rejoindre un meilleur état après une perturbation. Pour cela, l’état du système de santé est mesuré par un couple d’indicateurs (indice de performance du système de santé et le niveau de financement alloué).

Ce travail est fait pour 21 pays de l’Union Européenne. Certains pays ont été écartés à cause d’une insuffisance des données. Ces dernières qui permettent de capter la dynamique des systèmes couvrent la période allant de 2007 à 2022. Les données sur la performance viennent de Legatum Institute Fondation Et celles sur le financement proviennent de la base de données de l’OCDE.

Définition mathématique de la résilience Définition mathématique de la résilience 

La valeur de la résilience

Les valeurs de la résilience sont ainsi définies comme l’inverse de la fonction du coût minimal de retour au noyau de viabilité. Elles correspondent à l’inverse du coût minimal de restauration, parmi toutes les évolutions possibles x(.), si une perturbation amène le système à un état x.

Indicateur du coût de restauration du système

On s’intéresse aux situations de crise qui prennent place lorsque le système quitte l’ensemble de contrainte de viabilité. Ainsi, on distingue deux types d’états localisés hors du noyau de viabilité (7) : Les états pour lesquels il existe au moins une évolution ramenant le système dans le noyau de viabilité après qu’il soit sorti de l’ensemble de contrainte. Ce type d’état est un état résilient. Ainsi, le système est résilient à une perturbation lorsqu’il revient à l’intérieur d’un état résilient ; Les états qui ne tiennent pas compte de la politique de contrôle appliquée, le système reste hors du noyau de viabilité. Ce type d’état est non-résilient. Le système est non-résilient à des perturbations qui le guident à l’intérieur d’un état non-résilient.

 

 

On note, premièrement, que le coût d’une action qui conserve la propriété d’intérêt indéfiniment est égal à 0. Maintenir cette propriété peut guider certaines actions mises à jour, mais elles ne sont pas prises en compte dans le calcul du coût. Deuxièmement, lorsque la propriété d’intérêt n’est pas restaurée, le coût est fini. Il est le plus souvent défini par le minimum de temps pour lequel le système est hors du noyau de viabilité ou le déficit minimal accumulé le long de la trajectoire.

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Quels sont les systèmes de santé les plus résilients dans l’Union Européenne ?

Après estimation, on constate que tous les systèmes de santé européens se trouvent hors de l’ensemble des états de référence. Spécifiquement, l’ensemble des systèmes de santé de cette région fonctionne dans un état perturbé. Toutefois certains sont moins perturbés que d’autres.

A cet effet, les résultats divisent l’Union Européenne en 06 groupes de pays en fonction du niveau de résilience.

Le premier groupe est celui des pays disposant des systèmes de santé ayant la plus grande résilience. Ce groupe est constitué de 09 pays parmi lesquels la France est en tête. Les systèmes de santé de ce groupe fonctionne dans un état faiblement perturbé grâce à leur forte organisation et au niveau élevé des financements.

 

 

Dans le deuxième groupe (06 pays), la Grèce occupe le premier rang avec un système de santé en état faiblement perturbé tandis que tous les autres systèmes dans le même groupe sont fortement perturbés.

Le système de santé présentant la plus faible résilience dans l’Union Européenne est celui du Luxembourg.

L’évaluation de la résilience de l’ensemble de l’UE montre que la région dans son ensemble présente le même niveau de résilience que le Danemark ; un niveau de résilience qui est sensiblement la moitié de celui de la France et des autres pays du premier groupe.

Tableau : Classement des systèmes des pays de l’Union Européenne en fonction du niveau de résilience

 

 

 

Quelques sources bibliographiques 

(1) Ze, A, et al. (2015). Strategic plan for health system improvement in sub saharan African, Lambert Academic Publishing
(2) OMS (2021). Renforcer la résilience des systèmes de santé pour instaurer la couverture sanitaire universelle et la sécurité sanitaire pendant et après la pandémie de COVID-19, disponible en ligne sur https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/346527/WHO-UHL-PHC-SP-2021.02-fre.pdf 
(3) Banque Mondiale (2021). Préparer les systèmes de santé aux chocs : une priorité absolue, disponible en ligne sur https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2021/04/13/frontline-preparing-healthcare-systems-for-shocks 
 (4) Eurohealth (2022). La résilience des systèmes de santé post-COVID : Vers une plus grande coopération européenne, disponible en ligne sur https://eurohealthobservatory.who.int/publications/i/la-r%C3%A9silience-des-syst%C3%A8mes-de-sant%C3%A9-post-covid-vers-une-plus-grande-coop%C3%A9ration-europ%C3%A9enne 
 https://rebuildconsortium.com/media/1670/series_briefing-1_june_17-french.pdf
(5) https://rebuildconsortium.com/media/1670/series_briefing-1_june_17-french.pdf
(6) Martin, S., Deffuant, G., et Calabrese, J.M. (2011). Defining resilience mathematically: from attractors to viability dans Deffuant, G., et Gilbert, N. (2011), Viability and resilience of complex: Concepts, Methods and Case Studies from Ecology and Society. Springer.

 

 

Via autres moyens ICI

 

 

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